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Je peux vous garantir qu’en parcourant les références de l’expéditeur en haut à gauche de l’enveloppe kraft, il a vacillé. Un mélange d’humeurs s’est emparé de lui instantanément. Il devait avoir l’air tout chose. Parce que, lorsque les portes de l’ascenseur se sont ouvertes sur la petite du troisième, elle aurait dû, selon ses habitudes, lui lancer un joyeux « bonjour monsieur, vous allez bien ?». Là, elle est restée bouché bée. Les portes de l’ascenseur se sont refermées et elle n’est pas réapparue. Elle avait regagné ses pénates. Ce n’était pas une erreur de machinerie et tant mieux, il lui aurait fallu intervenir et ce fut embêtant car là, il avait un peu la tête ailleurs. Interloqué toutefois, il a tourné son visage vers la grande glace de l’entrée de l’immeuble, afin de constater par lui-même l’image qu’il réfléchissait. Ce fut celle d’un homme qui venait de se régurgiter dessus. Il est auteur. La quarantaine. Il travaille à côté. Fichu mensonge, il a un emploi à plein-temps tout court et à côté, il écrit un peu. Quand ça vient. Quand il a le temps. Quand il y croit. Quand il a mal. Quand il a peur. En haut à gauche de la missive, donc, le nom de la maison d’éditions qu’il vénère « Acto Sudo ». Celle à qui il a envoyé ses nouvelles, il y a trois mois. Une dizaine. Il en a quelques unes de plus, mais il les garde sous le coude. Il s’adressera aux autres éditeurs, plus tard. De toute façon, si eux refusent, à quoi bon démarcher les autres. Il a posé l’objet de ses tourments sur le clavier de l’ordinateur et il s’est déshabillé. Les vêtements souillés directement dans la panière à linge sale. Le bonhomme sous la douche. Son esprit, je le sentais bien, était tiraillé par les deux dénouements que contenait encore secrètement la lettre. Le refus, où ses qualités d’écrivain seraient certainement encensées , le laissait philosophe. Il optimisait, pensant que les plus grands, ont eux aussi mis un certain temps avant de percer. L’autre, positive - « La satisfaction de constater que ce qu’il avait créé seul dans son coin, seul dans sa tête, plaisait à un, ou une inconnue qui décidait de le suivre dans son monde, devenu bien dépeuplé depuis notre rencontre. Je ressens personnellement cet acte comme « érotique ». Certainement dû au fait, que depuis notre association, j’ai toujours songé que ce serait une femme qui l’abolirait en tant qu’écrivain. Avec une délicatesse enfantine, un peu comme l’on déchire le papier qui recouvre un cadeau, il a ouvert l'écrin. Cher monsieur, Il y a quelques semaines, (ben voyons) vous nous avez fait parvenir un recueil de nouvelles consacrées à l’image de la femme. Si ce recueil n’a pas de titre, il présente de vraies qualités (Je commence à craindre le pire pour lui). Vous trouverez ci-joint un document de lecture qui vous dira en quelques lignes notre avis sur votre travail. Il allait replier, déchirer la lettre avant même de finir la fameuse phrase « Mais, nous sommes désolés de ne pouvoir…» vous voyez ce que je veux dire. En fin de page, un petit autographe à la plume attira mon attention et je lui en fis rapidement part. C’était fait pour, donc rien de vraiment anormal jusqu’ici. Vous seriez gentil de bien vouloir m’appeler. Votre écriture mérite que l’on s’y attarde. Votre sujet mérite que l’on vous soutienne. Suivi d’un numéro de portable. Re belote. Ses sens dans tous les sens. L’écriture est féminine, j’en mettrais sa main à couper. Appelle, n’appelle pas ? Il compose. Une voix suave répond à sa présentation. - Je suis bien heureuse que vous m’appeliez. Il faut que l’on se voit. Je n’ai pas le temps de vous parler là, tout de suite.De toute façon il faut que l’on se voit. Vous avez de quoi noter ? 116, avenue de Grenelle à Saint-Maurice. Je vous attends demain vers 20 heures. Vous y serez ? - Chez qui dois-je me rendre ? Prononce t-il. - Wagram, Carole Wagram. A demain ? - A demain, conclut-il. Bon élève - ça change -, à vingt heures précises, il enfonce le bouton près du nom « Wagram ». Il est un peu fébrile, de par ma présence, c’est un fait, mais toujours tiraillé par cette dualité émotionnelle, le bien, le mal concernant ce qui l’attend de cerendez-vous quelque peu mystérieux. Des millions d’images l’assaillent depuis qu’il a raccroché le téléphone, hier. Une phrase lui revient également sans cesse à l’esprit et pourtant reste vaine : « Toute angoisse est imaginaire, le concret est son antidote » de Comte-Sponville, me semble t-il. La voix qui l’interroge par l’interphone sur son identité n’est pas celle de la veille. J’adore l’imprévu. Je m’attendais à un tête à tête littéraire pompeux, ce ne sera peut-être pas le cas. Il a commencé à écrire lorsqu’il s’est retrouvé seul. Quasi abandonné par tous ses proches devenus soudainement lointains. Hi ! Hi ! Hi ! Parler de ses écrits lui est difficile. Normal, il y livre ses angoisses. Raconte ses manques. Parle un peu de moi sans jamais me nommer.Quoi qu’il en soit, il n’a pas une confiance aveugle en ses oeuvres, et il sait très bien qu’il faut qu’il fasse vite pour progresser et percer. Tout du moins, s’il veut constater par lui-même les effets de sa réussite sur le public. Ce sont de judicieux conseils qu’il est venu chercher, voire de l’aide. Celle de professionnel. Après tout, n’est-ce pas ce qu’il y avait d’écrit au bas de la page ? Comme une formulation magique, son nom prononcé déclenche l’ouverture du lourd portail. La maison est somptueuse. Le jardin qui l’entoure des plus raffinés. Ceux qui vivent ici ont certes les moyens, mais ne sont pas dépourvus de goût, ce qui n’est pas toujours le cas. Faites-moi confiance, je côtoie cette classe sociale aussi bien que celle des manants. A peine a t’il entamé la montée de la huitaine de marches qui le sépare du perron que la porte s’ouvre avec un réel enthousiasme. Ce n’est que le début. Une magnifique blonde en uniforme de domestique apparaît sur le seuil de l’entrée, un pur enchantement. Toujours au bas des marches, nous ne pouvons qu’effectuer un travelling débutant de la pointe de ses fins escarpins jusqu’à son visage, d’une finesse sans égal. Elle nous sourit à pleines dents, comme si elle détenait une information que nous ignorions. Elle constatait également, l’incapacité de mon porteur à réduire l’écarquillement de ses yeux devant sa beauté. Ne le voilà t’il pas de surcroît complètement statufié, abêti. Il était encore, il y a à peine quelques secondes sur des phosphorations intellectuelles et le voilà touché en plein par la bassesse de son sexe. Lui qui s’était pourtant juré… - Entrez-donc, monsieur Denon, madame Wagram vous attend dans son salon. Groggy comme il est, il met un certain temps à assimiler la simple phrase que cette déesse vient de lui prononcer dans un souffle aphrodisiaque. Je suis néanmoins très fier de lui. A présent, rien d’autre que les formes de cette femme n’a d’importance. Ses yeux profitent d’un quart de tour qu’elle effectue pour repasser l’ensemble de son corps au peigne fin, le summum étant l’entrebâillement des boutons de son chemisier découvrant la fine dentelle de son soutien-gorge. Il est dans un état proche de l’asphyxie. Comme je le comprends, elle semble sortir d’un support luxueux voué à l’apaisement solitaire du plaisir masculin. D’un coup, je suis rouge de colère, je perçois qu’il est complètement honteux de sa réaction, et que pour éteindre l’incendie qui le brûle par mes soins, il décide ne plus scruter la soubrette. Ne le voilà t-il pas le nez au plafond évitant ainsi de contempler les obliques magnifiques. Ouf ! Une barre de seuil malintentionnée le fait s’écrouler de tout son long dans le corridor menant au salon. Non ! Ses mains jetées en avant ont protégé la rencontre violente de son nez et du sol carrelé. Dommage, il m’eut été agréable me répandre sur ce sol frais et peut-être m’aurait-elle contractée par une gentille maladresse ? Je ris, lui en a les larmes aux yeux. Le coup fut amoindri mais son orgueil est touché. Sa vue est durant quelques secondes troublée, puis à nouveau la clarté. Sa vision se règle sur une splendide cheville où l’on perçoit sous le bas nylon une petite chaînette en or. Comme c’est mignon. Nous entamons pour la seconde fois la remontée visuelle de ce corps créé pour être aimé. - J’aime beaucoup vos nouvelles. Si vous en avez d’autres, je suis preneuse. A tout à l’heure, résonne sous son crâne. Qu’un Dieu tout puissant lui arrache ses fringues et nous laisse seul avec cette diablesse enchanteresse. Que leurs corps s’embrasent et qu’au terme de leur fusion, leurs cendres soient jetées dans ce jardin merveilleux. Que dis-je, qu’ils vivent et aiment la Terre entière ! - Bonjour. Bonjour. Bonjour. Trois bonjours sont venus flirter avec ses tympans, tentant par la même occasion de l’arracher à son absence momentanée. Il répondit, d’un bonjour évasif comme s’il ne comprenait rien à rien. Il était purement et simplement vidé de toutes forces physiques. Comme si son imaginaire ébat l’avait libéré de toutes tensions parasites. - Un bonjour plus articulé finit de le sortir de son songe. Personnellement, je reconnu instantanément au quatrième bonjour la voix de miss Wagram. Il a dirigé son regard vers la voix. Nous devions rêver. La maîtresse de maison était aussi sexuellement attirante que sa gentille soubrette. Moi qui n’ai ni Dieu ni maître, j’aurai imploré les deux afin que mon grand nigaud se comporte dignement face à cette perle rare. Parce que là le jeu en valait vraiment la chandelle. Allumez ! Allumez la chandelle par les deux bouts. Quel beau programme ! - Je suis heureuse de vous recevoir cher monsieur Denon. Asseyez-vous donc, et… mettez-vous à l’aise. Comme elle a prononcé ces mots. Inutile de douter, elle sait parfaitement l’effet qu’elle produit sur la gente masculine. J’ai le sentiment d’être avec lui devant une vidéo pornographique plutôt que dans un salon où l’on se devait de parler littérature. Le tableau ? L’hôtesse lovée dans son canapé cuir de la plus pure espèce est des plus attrayantes et croyez-moi je m’y connais. Brune des pieds à la tête. Bronzée, devrais-je dire, par des rayons de soleil qui ont dû sacrément s’en donner à cœur joie en massant chaleureusement les pigments de cette peau on ne peut plus fascinante. Son tailleur gris d’une taille inférieure à ce qu’elle devrait porter amplifiait les formes sexuellement provocatrices. - Eh bien, asseyez-vous. Nous allons si vous le voulez bien boire un peu de champagne. Vousaimez le champagne ? Sa bouche ne s’ouvrit pas. Sa réponse était toute prête pourtant et n’avait qu’à s’extraire de sa bouche pour résonner dans ce magnifique salon. Ce ne fut que silence. Comme si son cerveau n’avait pas reçu les informations nécessaires pour déclencher le processus phonatoire. Ce con restait muet. Et je n’y étais pour rien. Miss Wagram ne semblait pas surprise de son comportement. Elle enchaînait la conversation comme s’il y participait. Cependant, à chaque fois, ses propos restaient silencieux. Il les formulait mentalement, mais ses lèvres ne s’articulaient pas. Aucun son ne sortait de son larynx. Son inquiétude ne se manifestait pas comme à son habitude par un accroissement du rythme cardiaque. Il était au contraire, comme pourvu d’un calme olympien. A contrario, ses entrailles hurlaient qu’il voulait fuir. Qu’il ne voulait pas la souiller. Mais rien de ses tourments ne dépassait son enveloppe charnelle. Tant bien que mal, je continuais de prêter attention aux propos de cette femme sublime qui le complimentait inlassablement sur sa façon de décrire les femmes dans ses écrits. Elle le félicitait de les plonger dans des aventures amoureusement passionnantes où elles sortaient grandies par leurs réactions face aux péripétiesdressées sur leurs parcours. Tout en parlant, et avec un raffinement sensuel, elle plongeait ses mains délicates dans ses cheveux. De légers mouvements de tête démasquaient une volonté évidente de le séduire. Nous allions faire connaissance ce n’était qu’une question de temps. Il se crispait devant le jeu de jambes qu’elle effectuait avec un talent inouï de séduction. Je parvenais même à entendre le doux murmure du nylon lorsque les fibres se croisaient les unes contre les autres. Sans une contenance fulgurante de ma colère qui l’eut anéanti en une fraction de seconde, je bouillonnais en attendant qu’il profite de cette situation des plus salivantes. Je n’étais pas au bout de mes peines. - A vos écrits ! Lança la blonde en entrant se joindre à nous une coupe à la main. Elle se jeta sur le canapé toute proche de sa maîtresse. Dans un ballet d’une précision époustouflante, elles lancèrent joyeusement leurs bras l’une vers l’autre et entrechoquèrent leurs calices avant d’y tremper leurs lèvres. Elles étaient à présent face à nous. La messe était sonnée. Tandis que l’autre gaillard, jadis imprudent, hommes-femmes était toujours paralysé de peur, ne bougeait pas le petit doigt, alors imaginez son sexe. Malgré son attitude des plus surprenantes pour un homme face à ce genre de situation, elles continuaient de mener grand jeu. Et je peux vous dire qu’elles étaient chaudes les vipères et commençaient à m’intriguer. L’autre benêt, je peux le comprendre, malgré l’envie, il ne voulait en aucun cas faire souffrir ces douces colombes. Mais, moi, j’étais là pour ça. Et je lisais dans leurs yeux, la défiance. Me narguant purement et simplement. Elles devenaient de plus en plus provocantes dans leurs gestes. Leurs vêtements laissés derrière elles montraient leur progression vers nous. Leurs dessous aux finitions soigneuses et soyeuses en faisaient de véritables divinités sexuelles. Pardonnez-moi, mais je fis tout pour déclencher chez ce nigaud immobile le nécessaire pour entreprendre d’étreindre ses deux poupées en chaleur. J’allais leur pourrir la vie, dès que l’autre allait les prendre en main et les honorer de son appendice que je m’ingéniais à bander de toutes mes forces en fluidifiant son sang. Elles persistaient de sourire ne sachant ce qui les attendait ou plutôt s’arrêtant bêtement à ce qu’elles croyaient attendre, persuadées que seul le plaisir était au rendez-vous, comme tous ces autres intrépides hommes ou femmes. Elles l’entouraient à présent, l’une lui titillant l’oreille du bout de sa langue, l’autre dirigeait ses mains vers cette partie bombée, objet phallique de tous les désirs, hommes ou femmes. Chemin d’accès à la propagation jouissive. - Nous aimons vraiment ta vision des femmes. Tu nous échauffes les sens avec tes mots, tu nous caresses avec tes phrases. Nous sentons bien toutefois entre les lignes combien ta rencontre avec le corps masculin à bousculer tes plaisirs. Tu ne sais par lequel est venu le mal et tu te refuses à présent de vivre ces rencontres amoureuses d’antan où tu fus plus imprudent qu’idiot. Laisse-toi faire, nous en avons terriblement envie. Nous découvrirons plus tard ta perception de cette rencontre dans un de tes récits. Laisse-toi faire. Quant à toi, petite vermine, nous n’allons même pas te craindre. Crépite, fulmine par tous les diables dont tu dois être le « suppo », nous te snobons de tout notre être et allons faire jouir cet homme qui n’a aucune raison de s’abstenir de ce plaisir qu’est l’acte d’amour. A qui parlent-elles ces pécheresses d’une voix commune ? Ce ne peut être à moi. A moi, on n’adresse pas la parole. On s’évertue à me détruire, point barre ! Alors m’adresser la parole comme si j’étais des leurs. Est-ce qu’un virus cause à sa proie ? Attendez ! Qu’allez-vous faire ? Qu’est-ce que c’est ? Non… Pour toute réponse, je vis leurs lèvres pulpeuses s’approcher enfin du boyau royal où je les attendais de pied sperme. De cet expert suçon, une partie de ma souillure explosa en ce morceau de latex communément appelé préservatif. Ils avaient pris leur pied. Je ne les avais pas contaminées. Le gland avait sonné.
Date de création : 23/10/2008 @ 22:10
Dernière modification : 05/09/2009 @ 14:24
Catégorie : Nouvelles
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